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Énigmes

33 énigmes de logique, raisonnement compris

La réponse ne sert à rien toute seule. Savoir qu'il faut trois pesées n'apprend rien : c'est la méthode qui compte, et c'est elle qui est écrite ici, à chaque fois.

Une énigme n'est pas une devinette

La différence n'est pas une question de difficulté, c'est une question de nature. Une devinette repose sur un mot : on la trouve ou on ne la trouve pas, et une fois entendue, elle est morte. On ne peut plus la reposer à la même personne, et on ne peut pas la redécouvrir.

Une énigme de logique repose sur un raisonnement. Elle se raconte, elle se discute à plusieurs, et sa solution reste intéressante quand on la connaît, parce que ce qui a de la valeur c'est le chemin. L'énigme du fermier, du loup, de la chèvre et du chou est connue de presque tout le monde, et elle reste un bon exercice : ce qu'elle enseigne, qu'un trajet peut se faire en marche arrière avec une charge, s'applique bien au-delà d'elle.

C'est pourquoi le raisonnement complet est écrit sous chaque solution de cette page, et pourquoi il est presque toujours plus long que l'énoncé.

Les cinq familles, et comment on les attaque

Elles ne se résolvent pas de la même façon, et savoir à laquelle on a affaire fait gagner beaucoup de temps.

  • Les traversées se résolvent en cherchant le coup qui semble absurde. Il y en a toujours un : ramener une charge en arrière, faire voyager les deux plus lents ensemble. Tant qu'on ne joue que des coups qui font progresser, on tourne en rond.
  • Les pesées se résolvent en comptant les issues. Une balance à plateaux donne trois réponses et non deux, ce qui explique qu'on raisonne par tiers. Et il ne faut jamais fixer la deuxième pesée avant de connaître le résultat de la première.
  • La logique pure se résout en traitant les silences et les absences comme de l'information. Dans l'énigme des chapeaux, ce qui fait avancer n'est pas ce que disent les gens, c'est ce qu'ils ne disent pas.
  • Les énigmes de nombres se résolvent en méfiance de la première réponse. Elles sont construites pour qu'une réponse fausse arrive à l'esprit avant la bonne, et la seule parade est de poser le calcul.
  • Les énigmes latérales ne se résolvent pas par déduction du tout. Elles cachent une hypothèse que le lecteur a ajoutée lui-même. Chercher à les déduire est une perte de temps : il faut se demander ce qu'on a supposé sans le dire.

Pourquoi la bonne réponse paraît d'abord fausse

Plusieurs énigmes de cette page produisent une réponse spontanée qui est fausse, et elles ne sont pas seulement amusantes : certaines viennent directement de la recherche en psychologie. La raquette et la balle à onze euros fait partie d'un test de réflexion cognitive, et plus de la moitié des étudiants d'universités très sélectives se trompent. Ce n'est pas une question d'intelligence, c'est une question de vitesse : la première réponse plausible s'impose et on ne la vérifie pas.

Le nénuphar qui double chaque jour relève du même mécanisme, appliqué à la croissance exponentielle, que l'intuition humaine évalue très mal. La corde autour de la Terre également, dans l'autre sens : le résultat paraît absurde alors qu'il est exact, et surtout qu'il ne dépend pas du tout de la taille de la sphère.

Poser ces trois-là à la suite, dans une soirée, est un très bon moment. Elles se trompent toutes les trois de la même façon, et on le voit après coup.

Les énigmes : logique pure

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🧩 Logique pure ●● Énigme n° 1

Deux portes, deux gardiens. L'une mène à la sortie, l'autre au précipice. Un gardien dit toujours la vérité, l'autre ment toujours, et vous ignorez lequel est lequel. Vous n'avez droit qu'à une seule question, à un seul gardien. Laquelle ?

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Demandez à l'un : « Quelle porte l'autre gardien me désignerait-il ? », puis prenez l'autre porte.

L'astuce consiste à faire passer la réponse par les deux gardiens, ce qui rend le mensonge inoffensif. Si vous interrogez le sincère, il rapporte fidèlement le mensonge de l'autre : il désigne la mauvaise porte. Si vous interrogez le menteur, il déforme la réponse honnête de l'autre : il désigne aussi la mauvaise porte. Dans les deux cas la porte indiquée est la mauvaise, et vous prenez l'autre. Le principe est que deux inversions se compensent, et une seule ne se compense pas.

🧩 Logique pure ●● Énigme n° 2

Trois interrupteurs à l'étage commandent trois ampoules au sous-sol. Vous ne pouvez descendre qu'une seule fois. Comment savoir quel interrupteur commande quelle ampoule ?

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Allumer le premier dix minutes, l'éteindre, allumer le deuxième, puis descendre et toucher les ampoules.

L'énigme paraît impossible tant qu'on ne considère que l'état allumé ou éteint : deux états pour trois ampoules, cela ne suffit pas. La solution consiste à créer un troisième état en se servant de la chaleur. L'ampoule allumée correspond au deuxième interrupteur. L'ampoule éteinte mais chaude correspond au premier. L'ampoule éteinte et froide correspond au troisième. Le raisonnement ne marche qu'avec des ampoules à filament : avec des diodes, qui ne chauffent pas, l'énigme redevient insoluble. C'est un bon exemple d'énigme dont la réponse a une date de péremption.

🧩 Logique pure ●●● Énigme n° 3

Trois personnes portent chacune un chapeau, noir ou blanc, sans voir le sien. Elles voient les deux autres. On leur dit qu'il y a au moins un chapeau noir. Chacune doit deviner sa couleur. Après deux silences, la troisième répond juste. Que porte-t-elle ?

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Un chapeau noir, et les trois en portent un.

Le raisonnement se fait sur les silences, qui sont de l'information. Si une personne voyait deux chapeaux blancs, elle saurait immédiatement que le sien est noir, puisqu'il y a au moins un noir : elle parlerait. Le silence de la première prouve donc qu'elle voit au moins un noir. La deuxième, sachant cela, raisonne à son tour : si elle voyait un seul noir et un blanc, elle saurait que le sien est noir, sinon la première aurait vu deux blancs et aurait parlé. Son silence prouve qu'elle voit deux noirs. La troisième conclut donc que le sien est noir. Ce type d'énigme s'appelle un raisonnement de connaissance commune, et il repose entièrement sur ce que l'absence de réponse révèle.

🧩 Logique pure Énigme n° 4

Un tiroir contient dix chaussettes noires et dix chaussettes blanches, mélangées, dans l'obscurité totale. Combien faut-il en tirer pour être certain d'avoir une paire de la même couleur ?

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Trois.

Avec deux chaussettes, on peut tomber sur une noire et une blanche. Avec trois, il n'y a que deux couleurs possibles, donc au moins deux chaussettes partagent forcément la même : c'est ce qu'on appelle le principe des tiroirs. Le nombre total de chaussettes n'intervient pas, ce qui surprend toujours. Attention à la variante : pour être sûr d'avoir une paire NOIRE, il en faut douze, puisque les dix blanches peuvent sortir en premier.

🧩 Logique pure ●● Énigme n° 5

Vous avez deux cordes. Chacune met exactement une heure à se consumer entièrement, mais elles brûlent de façon irrégulière : la moitié de la corde ne correspond pas à trente minutes. Comment mesurer quarante-cinq minutes ?

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Allumer la première par les deux bouts et la seconde par un seul, puis allumer le second bout de la seconde quand la première a fini.

Une corde allumée par les deux bouts se consume en trente minutes, quelle que soit son irrégularité : les deux flammes se rejoignent forcément à la moitié du TEMPS, même si ce n'est pas la moitié de la longueur. C'est le point que tout le monde manque. Quand la première corde est finie, trente minutes se sont écoulées et la seconde a trente minutes de matière restante. En allumant alors son autre extrémité, elle se consume en quinze minutes. Total : quarante-cinq.

🧩 Logique pure ●● Énigme n° 6

Vous avez un seau de trois litres et un seau de cinq litres, sans graduation, et une rivière. Comment obtenir exactement quatre litres ?

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Remplir le seau de cinq, en verser trois dans l'autre, vider le petit, y verser les deux litres restants, puis compléter le grand et le vider dans le petit.

Le détail : remplissez le seau de cinq litres, versez dans celui de trois jusqu'à ras bord, il reste deux litres dans le grand. Videz le petit, versez-y les deux litres. Le petit contient deux litres et peut donc encore en recevoir un seul. Remplissez le grand à cinq litres et versez dans le petit : il n'en prend qu'un, et il reste quatre litres dans le grand. Ce type de problème se résout toujours de la même façon : on ne mesure pas des volumes, on mesure des DIFFÉRENCES entre les deux contenants.

🧩 Logique pure ●● Énigme n° 7

Vous participez à un jeu avec trois portes. Derrière l'une se trouve une voiture, derrière les deux autres une chèvre. Vous en choisissez une. Le présentateur, qui sait où est la voiture, ouvre une des deux autres et montre une chèvre. Il vous propose de changer. Avez-vous intérêt à le faire ?

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Oui : changer fait passer vos chances d'une sur trois à deux sur trois.

L'erreur consiste à croire qu'il reste deux portes équiprobables. Ce serait vrai si le présentateur ouvrait au hasard, mais il ne le fait pas : il SAIT, et il évite volontairement la voiture. Votre première porte avait une chance sur trois, et rien de ce qu'il fait ne change cette valeur. Les deux autres portes valaient donc ensemble deux chances sur trois, et comme l'une est éliminée, la porte restante porte à elle seule ces deux tiers. Avec cent portes au lieu de trois, l'intuition se rétablit : après que le présentateur en a ouvert quatre-vingt-dix-huit, personne n'hésite à changer.

🧩 Logique pure Énigme n° 8

Deux pères et deux fils vont à la pêche. Ils attrapent trois poissons, et chacun en ramène un seul chez lui. Comment est-ce possible ?

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Ils sont trois : un grand-père, son fils et son petit-fils.

Le fils du milieu compte deux fois, une fois comme père et une fois comme fils. L'énigme joue sur le fait qu'on additionne les rôles au lieu de compter les personnes. Elle se pose très bien à un enfant de sept ans, qui la trouve souvent plus vite qu'un adulte : n'ayant pas encore l'habitude d'additionner mécaniquement, il cherche d'abord à se représenter la scène.

🧩 Logique pure ●●● Énigme n° 9

Un homme regarde un portrait et dit : « Je n'ai ni frère ni sœur, mais le père de cet homme est le fils de mon père. » Qui est sur le portrait ?

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Son fils.

Il faut décomposer la phrase de la fin vers le début. « Le fils de mon père » : comme il n'a ni frère ni sœur, cela ne peut désigner que lui-même. La phrase devient donc « le père de cet homme, c'est moi », et l'homme du portrait est son fils. La difficulté vient de ce que la phrase se lit naturellement dans l'autre sens, ce qui conduit la plupart des gens à répondre « lui-même ». La méthode générale sur ce type d'énoncé est de remplacer chaque groupe par un nom propre au fur et à mesure.

🧩 Logique pure ●● Énigme n° 10

Dans une pièce, il y a une allumette, une bougie, une lampe à pétrole et un poêle à bois. Vous n'avez qu'une seule allumette. Qu'allumez-vous en premier ?

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L'allumette.

La question porte sur l'ordre, pas sur le choix : rien ne peut être allumé avant elle. C'est une énigme de lecture, comme celle des mois de vingt-huit jours, et elle marche parce que l'énumération d'objets oriente vers un choix entre eux. Elle se prête bien aux enfants à partir de six ans, à condition de la poser lentement.

Jouer les énigmes latérales à plusieurs

C'est le seul format de cette page qui se pratique vraiment en groupe, et il a ses règles. Une personne connaît la solution et ne répond que par oui, non, ou sans rapport. Les autres posent des questions fermées jusqu'à reconstituer la situation.

La bonne technique consiste à interroger le CADRE avant les faits. Avant de demander si le barman était en colère, demandez si la scène se passe dans le monde réel, si les personnages sont humains, si l'époque est la nôtre. Une seule question de ce type fait tomber une énigme entière, alors que vingt questions sur les détails ne mènent nulle part.

Questions sur les énigmes

À partir de quel âge ?

Les énigmes de nombres et les traversées passent dès neuf ou dix ans, à condition de laisser le temps. La logique pure et les latérales demandent plutôt douze ans, non pas pour le raisonnement mais parce qu'elles supposent d'accepter qu'une question puisse être piégée. Pour les plus jeunes, voyez les devinettes classées par âge.

Pourquoi le raisonnement est-il si long ?

Parce que c'est le seul contenu qui a de la valeur. Une page qui répond « trois pesées » ne vous apprend rien et vous laisse aussi bloqué qu'avant. La méthode, elle, se transporte : celle des douze billes sert pour n'importe quel problème de recherche d'intrus.

L'énigme des trois interrupteurs marche-t-elle encore ?

Avec des ampoules à filament, oui, puisqu'elle repose sur la chaleur. Avec des diodes, qui ne chauffent pratiquement pas, elle devient insoluble. C'est un cas rare d'énigme dont la réponse a une date de péremption technologique, et cela méritait d'être dit plutôt que de la recopier telle quelle.

Certaines énigmes sont-elles vraiment issues de la recherche ?

Oui, trois d'entre elles. La raquette et la balle vient d'un test de réflexion cognitive utilisé en psychologie expérimentale. L'illusion de Moïse est un effet documenté en psycholinguistique. L'énigme du chirurgien sert depuis les années soixante-dix dans les études sur les représentations professionnelles. Elles sont amusantes, et elles mesurent quelque chose.